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Ryuichi Sakamoto

Je me vois, l'espace d'un instant, convié par mes souvenirs, à voir ressurgir des images d'une force inoubliable  et d'une ésthétique n'ayant pas trop à souffrir de son quart de siècle. Ces images ? Des bribes de scènes de Furyo, film que je  reçus, alors, comme une météorite bousculant l'éco-système de ma très jeune adolescence. Je n'ai pas revu ce film depuis sa sortie, mais j'avoue que la mémoire m'épate par ses capacités à recréer comme un puzzle ce qu'elle a archivé. Ce qui sonnait comme un fragment d'inventaire exhumé de la grande histoire de la seconde guerre mondiale, au travers d'une histoire de rencontre humaine et contraire, s'est révélé encore plus troublant de par la quasi intimité du face à face symbolisée par le Capitaine Yonoi ( Ryūichi Sakamoto ) et le Major Jack "Strafer" Celliers ( David Bowie ). La tension sous-jacente exprimée dans les sentiments devenus ambigus -l'homosexualité- entre les deux personnages, n'était pas non plus un sujet des plus abordés de manière courante dans notre société, et par extension dans la culture dans son ensemble.  Une sorte de lutte particulière de sentiments amoureux au milieu d'une guerre commune de sentiments de haine.

Cependant le thème fracassant du film qui met en lumière la rencontre de deux cultures qui sont étrangères l'une à l'autre, et qui s'opposent violemment à force de ne pas se comprendre, est encore et plus que jamais un thème d'une modernité écrasante.

Ryuichi Sakamoto concert Espace Cardin

Je ne m'étendrai pas plus en avant sur l'histoire du film, dont vous pouvez trouver une très bonne page dédiée à celui-ci sur Cinéasie. Mais je vais revenir au but du sujet, qui est la dimension mélodique de l'oeuvre. Dans un premier temps David Bowie, qui emmena les conversations musicales de collègiens des années 80, contribua sans aucun doute à ce que beaucoup eut envie de voir ce film. Ce qui eut pour effet d'amener une génération à la rencontre d'un autre univers culturel, car le cinéma nippon n'était pas ce qu'il y avait de plus présent dans la grande distribution de nos bonnes salles obscures. Mais aujourd'hui, avec le recul, quand émerge un parcours sans paillettes ni esbrouffes, mais éminemment éclectique, d'un autre personnage important du film; alors Nagisa Oshima -réalisateur de Furyo- peut être salué pour l'excellente intuition qu'il a eu de faire  confiance à Ryūichi Sakamoto pour le rôle qu'il incarne dans cette oeuvre. Mais pas seulement, car la bande son réalisée par ce même Ryuichi Sakamoto contribue de façon intégrante, à la structure complète de l'oeuvre cinématographique et sa dramaturgie . La musique générique a même dépassé le film lui-même dans le conscient général, voire l'auteur et l'interprète (David Bowie pour la version chantée) eux-mêmes, laissant le temps faire de cette composition une oeuvre culte. Grâce au génie sans conteste et probablement l'humilité du musicien, compositeur, acteur et producteur qu'est Ryuichi Sakamoto. Donc rien de surprenant, malgré qu'il soit facile de le dire aujourd'hui, à ce que la musique de Ryuichi touche encore les esprits, y compris des plus jeunes, lorsque l'on se penche sur le parcours du compositeur qui était, tout de même, en 1983 quasiment inconnu pour bon nombre; et à fortiori en France. Petite paranthèse : Sakamoto est aussi connu pour ses positions critiques envers les lois du copyright, qu'il estime désuètes à l'ère de l'information.

J'ajouterai pour finir, que Furyo a été la possibilité de découvrir également le talent multiforme de Takeshi Kitano. Je vous laisse, désormais, découvrir, entendre ou réécouter (pour les initiés) ce morceau qui restera à mon sens intemporel.

 
 

Une version du titre générique – chantée par Bowie dans la B.O – plus épurée, intime, mais qui ne perd rien de sa force émotionnelle. Extrait de The Ryuichi Sakamoto Trio World Tour 1996. Merry Christmas Mr. Lawrence. Le trio est composé de :Ryuichi Sakamoto au piano, Everton Nelson au violon et Jaques Morelenbaum au violoncelle.

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2 réponses à to “Ryūichi Sakamoto”

  • Séb:

    L’autre jour j’ai entendu la chanson : Forbidden Colours diffusé par radio Nova. Ne connaissant pas du tout ce film, j’ai été cherché sur internet, et c’est grace à votre blog (très intéressant), que j’en apprend un peu plus sur Sakamoto dont je découvre les oeuvres. Merci pour cet article fort intéressant, et ce partage.

  • EVPDL:

    Effectivement, on peut se poser la question.
    Mais on peut attendre longtemps la réponse

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