Get Adobe Flash player

postheadericon Le radeau de la Méduse – Théodore Géricault

Le radeau de la Méduse  (1817-1818) - Théodore Géricault

Théodore Géricault, né le 26 septembre 1791 à Rouen et mort le 26 janvier 1824 à Paris, est sans doute le peintre ayant incarné le début du Romantisme en France, au début du 19 ème siècle, alors que ce courant est apparu d'abord en Allemagne, puis en Grande-Bretagne,  au 18 ème siècle. Il apparaît comme le chantre du désespoir et de la souffrance humaine, il semble se placer comme un précurseur et premier de cordée des peintres romantiques en France. Comme Eugène Delacroix par exemple, grandement influencé par Géricault, de sept ans son aîné, pour lequel il ira même poser pour l'oeuvre en question : le radeau de la Méduse.

Etude pour le radeau de la meduse (Plume/encre brune sur papier crème 20,1x28,1 - 1819 musée des Beaux-Arts de Rouen)

Il apparaît très tôt que Théodore Géricault, entre autres passions pour les chats, les chiens et les chevaux, puise son inspiration dans les thèmes de la vie quotidienne et les faits réels qu'il transcende en quasi hauts faits héroïques. Ce qui est le cas pour ce naufrage, rapporté comme un simple fait divers par l'Etat qui voulait largement étouffer l'affaire, et que le peintre prendra à bras le corps et très au sérieux pour en faire une oeuvre majeure. Ce qui n'est pas pour lui avoir amené autre chose que désagréments et railleries. Ce fait tragique et peu glorieux de la monarchie restaurée, naufrage d'une frégate de la marine royale, la Méduse, au large de la Mauritanie le 2 juillet 1816 lors de son trajet pour coloniser le Sénégal, fut découvert par Géricault après que le scandale commenca à éclater suite aux témoignages de deux des quelques rescapés. Ils  décidèrent en effet de publier, la rendant ainsi public, le récit de leur aventure ; ou plutôt mésaventure quand on découvre ce qu'il s'y est passé. Les scènes de règlements de compte, de mutinerie, de meurtre et même de cannibalisme, sont ainsi étalées au grand jour.

Et c'est donc de ce sujet que s'empare alors le jeune peintre de 25 ans, en enquêtant très minutieusement pendant de longs mois. Il recueillera en premier lieu le témoignage des rescapés qu'il veut peindre. Il fera vraisemblalement construire une maquette du radeau en y disposant des figurines de cire, mais aussi en demandant à sept rescapés de venir poser pour lui.

Etude de pieds et de mains (huile sur toile 52x64 1817-1819 Musée Fabre Montpellier)

Il étudiera des morceaux de cadavres. Il récupèrera des bras et des pieds amputés, par l'intermédiaire d'un ami médecin à l'hôpital de Beaujon, qui se trouve être proche de son atelier. Il ira jusqu'à héberger une tête décapitée dans son atelier, obtenue à Bicêtre, où se trouvait une institution qui était tout à la fois hospice, prison et asile d'aliénés ; là où précisément fut inventée la camisole de force en 1770, et fut aussi testée le 17 avril 1792 la guillotine pour la première fois avant que plus tard Bicêtre ait retrouvé sa vocation hospitalière sous le nom d'hôpital de Bicêtre ou, vu la présence d'une faculté de médecine, de CHU Kremlin-Bicêtre. Certains ont considéré son labeur acharné et fouillé comme un quasi travail de journaliste sur un fait précis, et il n'est pas absurde de voir son oeuvre telle une critique, une chronique sociétale et politique de son époque.

Etude Homme tombant à la renverse (1818 Musée Besançon)

Bref, il est habité par le sujet, voulant le rendre le plus réaliste possible pour coller avec exactitude à ce qu'ont pu vivre les acteurs du drame. Il réalise dessins, esquisses et études pour sa recherche de tableau final. Il s'interroge, hésite, et si l'on étudie les esquisses ou différentes étapes, il est intéressant de voir l'évolution du projet plutôt très réaliste au départ vers un tableau final et abouti beaucoup plus dramatique et théâtral. Les scènes de cannibalisme, de meurtre, de mutinerie disparaissent pour laisser place à la profondeur des émotions, au sentiment de la mort, à la notion d'horreur, au spectacle terrifiant de la nature humaine confrontée au désespoir (ou faux-espoir). Il a choisi des couleurs symbolisant la mort et la mettant en scène,  pour qu'elle touche le public, qu'elle l'émeuve. La symbolique sera plus forte pour le propos que le simple étalage quasi voyeuriste des faits assez peu ragoûtants.

Etude Scène de mutinerie sur le radeau de la méduse (huile sur toile)
Or cette oeuvre de cinq mètres sur sept, qui demanda à Géricault 1 an de travail, et qui est selon l'expression de Michel Schneider "une leçon d'architecture autant qu'une leçon d'anatomie", sera présenté au musée du Louvre en 1819. En effet, pour cette année 1819, un nouveau Salon s'ouvre au Louvre et c'est dans le cadre de ce nouveau salon que Géricault veut frapper les esprits. Le peintre espère un  retentissement spéctaculaire, un triomphe, voire comme une apothéose, tant il s'est donné de mal pour parfaire son chef-d'œuvre. Mais les ennuis commencent. Pour débuter, l'oeuvre sera accrochée trop haut pour le peintre, et de plus, aux côtés d'oeuvres éminemment plus imposantes qui auront l'effet d'écraser la réalisation de Géricault. Les critiques, et les moqueries, tombèrent comme à Gravelotte ; tant l'oeuvre qui vitupérait, en symbolisant l'incompétence du commandant de la Méduse, Louis XVIII et tous les royalistes, choqua le public et divisa grandement son opinion. Mais une grande majeure partie asséna des coups contre ce peintre, qui osa critiquer la restauration.
Etude Le radeau de la Méduse

Il devint à son tour, et malgré lui, spectateur des commentaires virulents bien que le partage des avis lui offrit des défenseurs zélés. Le journal de Paris écrira : "Le radeau de Géricault est la vedette du Salon de 1819. Il frappe et attire tous les regards". Le peintre avait, semble-t-il, réussi au delà de ses espérances à marquer les esprits. L'horreur fascine et fait planer un parfum de scandale. Les laudateurs du classicisme d'alors n'auront de cesse que de dirent leur aversion, leur répugnance, pour cet amas de cadavres dont le réalisme est tellement lointain du beau idéal ; ce beau représenté, selon eux, dans cette exposition par La Galatée du peintre Girodet-Trioson qui fait alors un triomphe. Mais Géricault pose là une question essentielle, tout en exprimant un paradoxe pour la notion d'Art de sa contemporanéité : comment rendre beau ce qui est hideux, et surtout comment concilier l'Art et le Réel ?

Esquisse Catalogue des collections des musées de France

L'oeuvre trouve parmi les visiteurs ses ardents défenseurs, comme Jules Michelet qui dira "C'est notre société toute entière qui embarqua sur ce radeau de la Méduse" (documentation Le Louvre). Certains y trouvèrent le sujet politique, le manifeste libéral, la promotion du "nègre" et la critique de l'ultra-royalisme ; ainsi le tableau moderne oeuvre d'actualité. Il faut bien remettre dans le contexte politique et sociétal l'arrivée de cette oeuvre. Eugène Delacroix, qui gardera l'influence de Géricault dans son Art, s'enthousiasmera : "Quelles mains ! Quelles têtes ! Je ne puis exprimer l'admiration qu'il m'inspire !"

Mais harassé, brisé par la morgue de bien des critiques, Géricault quittera Paris pour l'Angleterre et y découvrira les paysagistes anglais, mais surtout les chevaux. Une passion qui restera centrale dans la mystique personnelle du peintre, tant par la beauté que par le symbolisme de ses propres médidations. Mais c'est un autre sujet, et pour ceux qui s'y intéressent le sujet équestre de Géricault a été raconté en détail par Bartabas dans son film Mazeppa en 1993.

Voilà donc une approche de l'histoire d'une oeuvre devenue inspiratrice du Romantisme en France, d'un romantisme engagé peut-être par son propos, mais il apparaît comme la postulat d'un mouvement qui s'enracinera dans tous les arts : le Romantisme.

 

 

Sources :
pour la dernière esquisse : le catalogue des collections des musées de France
pour l'étude "homme tombant à la renverse" : Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon

Ajoutez cet article en favoris, l'imprimer, le convertir, le partager...:
  • Add to favorites
  • Print
  • email
  • PDF
  • del.icio.us
  • Facebook
  • viadeo FR
  • RSS
  • Netvibes
  • Wikio FR
  • Google Bookmarks

2 réponses à to “Le radeau de la Méduse – Théodore Géricault”

  • Très intéressante documentation autour de ce peintre .J’avoue avoir eu connaissance dans mon adolescence du Radeau de la Méduse lors d’une visite au musée Grévin !…(La reconstitution baignait dans un éclairage bleuté , ténèbreux qui m’avait fait une forte impression .)
    Nous devons beaucoup au Romantisme ,que ce soit en peinture ,en poésie ,en littérature et ce à travers toute l’Europe .
    La beauté d’un crépuscule ,toute l’incandescence d’un espoir combatif ,réalisme et idéalisme liés étroitement .Une époque que je fréquente en toute modestie ,mais avec passion au gré des oppurtunités .
    « Mazeppa » le film de Bartabas est splendidement réussi ; je l’avais en salle lors de sa sortie .
    Bien votre
    Hécate

Laisser un commentaire

Comment moderation is enabled. Your comment may take some time to appear.

traduire ce blog
Français English Deutsch Italiano Español
A lire
Embed with Madonna
Monde Parallèle
Simulations sur Flickr
août 2010
L Ma Me J V S D
« juin    
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031  
Réseaux

toute la culture sur ulike

Les visiteurs en temps réels