Quel est le rôle de l’artiste
Cette question est, me semble-t-il, subjective à chacune de nos particularités et ce que l'on attend en se plongeant dans une œuvre d'art. Cela étant, la question en elle-même reste des plus intéressantes. J'avoue me la poser encore, de temps à autre, et cela a la vérité de signifier que je n'ai pas de réponses définitives ; ou de constater mon esprit pas encore étreint de certitude quant à cette réflexion.
D'ailleurs quiconque apprécie et visite les œuvres d'art de notre univers culturel se la pose. Peut-être pas en ces termes directs, mais également indirectement.
En effet il serait plus courant de s'interroger sur l'œuvre d'un artiste, que sur l'artiste lui-même. Or remettre en question, en doute, l'œuvre d'un artiste, ne reviendrait-il pas au même que de remettre en doute l'artiste lui-même ?
Ne faisons-nous pas, tous à notre niveau, les choses par rapport à ce que nous sommes et devenons ?
Sur ce sujet il a été mis à ma connaissance, grâce à un ami amoureux de littérature, un texte écrit par un écrivain pour le moins lumineux et élégant. Cet écrivain n'est autre qu'Albert Camus, et son texte est en fait le "Discours de Suède". Ce discours fut énoncé en 1957, le 10 décembre pour être précis, lors de la remise du Prix Nobel de Littérature à son endroit.
La réception de cette distinction fut, en ce moment solennel et honorant l'ensemble de son œuvre, pour Albert Camus une belle occasion de définir sa conception de l'Art, et dessiner ainsi sa vision du rôle de l'artiste dans notre société.
Et ce, à peine plus de deux ans avant son décès. Je vous livre un extrait de ce discours, où est exalté le cœur même de ce sujet :
"…J’ai connu ce désarroi et ce trouble intérieur.
Pour retrouver la paix, il m’a fallu, en somme, me mettre en règle avec un sort trop généreux. Et, puisque je ne pouvais m’égaler à lui en m’appuyant sur mes seuls mérites, je n’ai rien trouvé d’autre pour m’aider que ce qui m’a soutenu, dans les circonstances les plus contraires, tout au long de ma vie : l’idée que je me fais de mon art et du rôle de l’écrivain. Permettez seulement que, dans un sentiment de reconnaissance et d’amitié, je vous dise, aussi simplement que je le pourrai, quelle est cette idée.
Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n’ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S’il m’est nécessaire au contraire, c’est qu’il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas s’isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d’artiste parce qu’il se sentait différent, apprend bien vite qu’il ne nourrira son art, et sa différence, qu’en avouant sa ressemblance avec tous. L’artiste se forge dans cet aller-retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s’arracher. C’est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s’obligent à comprendre au lieu de juger. Et, s’ils ont un parti à prendre en ce monde, ce ne peut être que celui d’une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne régnera plus le juge, mais le créateur, qu’il soit travailleur ou intellectuel…"
Après lecture de ce discours -et surtout de l'extrait, ici mentionné- et pour lequel je pourrais verser mon obole élogieuse quant au style ciselé, il ne me sera offert, alors, que d'ajouter un simple coup de cymbale inutile, au milieu d'un orchestre complet d'hommes ayant su mieux que moi lui avoir discerné l'honneur de la reconnaissance. Tant pour l'homme que pour son oeuvre. Ce que l'artiste met en œuvre, crée, n'est autrement que sous son autorité. Au sens du mot "Auteur". Et par extension les actes de création sont liés à la responsabilité de celui qui les fait naître. Tous les remouds et conséquences découlant d'un acte de création, comme tout acte courant d'ailleurs, ne pourraient être dédouanés d'avoir un rattachement à son auteur. Tout comme le contradicteur de cette œuvre, bien entendu, ne pourrait se retrancher de la critique qu'il émet, et, au delà, de ce qu'il est intimement.
Créer, c'est aussi générer des réactions, et celles-ci ne sont pas toujours favorables. Mais doivent-elles être considérées comme moins légitimes ?
Il est vrai que l'ampleur du débat enfle proportionnellement avec la notoriété de l'artiste, et qu'il peut y avoir des "critiques" visant à donner existence à leur notoriété en s'affectant au couteau un morceau de la notoriété de l'autre; mais il ne me paraît pas raisonnable de vilipender tout avis contradictoires. Pour revenir à la question de départ, le rôle de l'artiste, elle ne m'apparait pas plus éclairée. Dès lors ce qui éclot au regard du débat est que l'artiste est toujours au centre de ce qu'il crée, concerné par le regard de "l'autre". En cela, et quoi que l'artiste ait pu accomplir, prétendre, exprimer à un moment de sa vie, il me semble que d'assumer, sans fuir, serait la plus honnête des façons de faire. Or certains artistes ou se proclamant comme tel, et au regard de l'actualité imminente, ont certaines réticences à faire face aux actes qu'ils aient pu faire un jour tout en offrant une image et un discours contraires (ou édulcorés). Et il me semble cohérent de pouvoir contredire ou être en désaccord avec l'objet exprimé, en n'arborant pas l'attitude qui confine à l'hallali ; et condamner également les professionnels de l'indignation à géométrie variable. L'acte en lui-même, promis au regard du plus grand nombre, doit être analysé, critiqué, apprécié, même plusieurs années plus tard; mais dans ce cas, je n'oublierai pas, de considérer qu'il soit bon de garder à l'esprit la potentielle évolution de l'acteur sur son sujet et auquel cas ne pas appréhender une analyse figée comme immuable.
Finalement il est fastidieux, voire même improbable pour ma part, de déterminer avec précision le rôle de l'artiste dans notre société. Mais cela n'empêche en rien de le recevoir simplement comme un être au milieu d'autres, avec son humanité -ce que cela implique- et les doutes qui le taraudent……..comme tout à chacun.


J’aime beaucoup les oeuvres de Franz von Stuck.
Je parviens enfin à accéder à votre blog !!!
Bien votre
Hécate
Haaa !! Enfin vous voilà, cher Hécate !!
A bientôt
Thanks for making such a valuable blog, sincerely Kobos Mathers.
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